Lors de la fameuse heure qui n'existe pas, celle qui s'étend entre deux heures du mat et deux heures du matin, il s'est mis à neiger. Je suis sortie deux ou trois fois chercher du bois pour alimenter le feu, ravie de cette nuit solitaire, moi seule avec les éléments, et ma première neige de la saison. Nuit inédite et souvenir plein de saveur…

Je sais que le texte que j'ai envoyé est plein d'imperfections. Je sais que, comme celui d'il y a deux ans, il détonne un peu de la plupart des nouvelles publiées chaque année, par son absence à peu près totale de crudité. Je crois que seins et lèvres sont les deux mots les plus osés ! Il faut bien dire que j'ai une forme de pudeur pour ces choses-là et que je ne suis pas, mais absolument pas, versée dans la littérature érotique, en dehors des changements d'heure… Je m'efforce de me persuader que cela m'élimine d'emblée – ce qui n'est pas le cas bien sûr puisque mon texte est déjà finaliste ! Dans mon esprit bataillent raisonnement, prudence, espoir, attente…

Samedi minuit, disais-je, alors qu'impatiemment je patientais devant les meurtres des Médicis pour m'occuper l'esprit, mains occupées par mes aiguilles à tricoter, le téléphone sonne. Ciel. Je suppose que dans pareil cas on n'appelle pas tous les perdants. C'est donc peut-être… – et là mon interlocuteur(*) se présente et m'annonce, ce que j'étais en train de deviner mais sans oser y croire encore, que je suis lauréate, co-lauréate pour être précis, du prix de la nouvelle érotique 2019.

Je me suis retrouvée à peu près privée de mots, soufflée par l'incroyable nouvelle. Et puis contente, contente ! Et puis fière. Fière que ce texte ait réussi à plaire…

(*) Jean-Pierre Chambon, qui co-préside le jury avec Françoise Rey, et qui laisse ensuite la parole à Jacques-Olivier Liby, fondateur du prix.